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KATY: LA LIBERTÉ COMMENCE QUAND LE MOTEUR DÉMARRE
Si tu me cherches un samedi d’été, il y a de bonnes chances que je sois quelque part entre deux courbes. Et les jours de pluie? Probablement dans mon garage à frotter, entretenir ou modifier ma machine. Les sports motorisés ne sont pas juste un loisir pour moi. Ils font partie de qui je suis.
Le plus drôle, c’est que tout a commencé bien avant que je puisse conduire quoi que ce soit. Quand j’étais petite, je pouvais rêvasser des heures à la vue d’une moto. Je racontais à qui voulait bien l’entendre qu’un jour, j’aurais… une Ninja noire.
Au secondaire, les tests d’orientation avaient aussi une drôle d’idée de mon avenir. Ils me proposaient systématiquement le métier de cascadeuse. Chaque fois, je modifiais quelques réponses pour obtenir un résultat un peu plus « standard ». Aujourd’hui, je réalise qu’ils n’étaient peut-être pas si loin de la vérité.
J’ai toujours eu besoin d’aventure, de défis et de cette petite montée d’adrénaline qui vient avec.
J’ai aussi grandi dans un milieu où les motos et les « bébelles à moteur » étaient encore très associées aux gars. On me faisait comprendre, parfois subtilement, parfois moins, que ce n’était pas vraiment un univers de filles. Je n’ai jamais adhéré à cette idée. Au contraire, plus on me disait que ce n’était pas fait pour moi, plus j’avais envie de prouver le contraire.



Je suis fille de mécanicien. Mon père a été propriétaire de son garage pendant plusieurs années et j’ai eu la chance de travailler quelque temps à ses côtés. C’est là que tout a vraiment commencé. Il m’a appris à comprendre le fonctionnement d’une machine… et surtout à ne pas avoir peur d’essayer.
J’ai découvert que j’aimais ça.
Pas seulement parce que c’était utile, mais parce que j’avais un réel plaisir à comprendre comment les choses fonctionnent et à être capable de les faire par moi-même.
Aujourd’hui encore, les jours de pluie, il y a de bonnes chances que je sois dans mon garage. Je suis loin de tout connaître, au contraire. Il m’arrive de passer beaucoup trop de temps à regarder des tutoriels YouTube plus ou moins rassurants avant de me convaincre que « oui, je suis capable ».
Ça m’arrive aussi d’appeler un ami en catastrophe parce que j’ai poussé mon projet un peu trop loin. Mais quand je réussis finalement à faire moi-même un entretien ou une modification, la satisfaction est immense. Chaque chose que j’apprends me rend un peu plus autonome, et j’adore ça.


Quand j’ai commencé la moto, il y a cinq ans, je suis rapidement tombée sous le charme de Ducati. Ma première était une Monster 796. J’ai roulé avec elle pendant quatre saisons. Puis il y avait cette autre moto… Cette fameuse Ducati Supersport 950 S.
Pendant plus de quatre ans, je l’ai regardée, je l’ai comparée, je me suis assise dessus. Je pense que mes proches étaient rendus aussi impatients que moi de la voir enfin dans mon garage tellement je leur en parlais.
J’avais tellement attendu cette moto. Entre le moment où je l’ai achetée et celui où je suis allée la chercher, j’étais complètement sur un nuage. J’avais un sourire impossible à cacher et je répétais sans arrêt : « Je t’ai-tu dit que j’étais heureuse?! »
On fait un beau duo, elle et moi. Elle est sportive sans sacrifier le confort, ce qui correspond parfaitement à ma façon de rouler. Parce que oui, j’aime les belles accélérations… mais j’aime surtout accumuler les kilomètres.


Ma première vraie randonnée solo restera toujours gravée dans ma mémoire. Je suis partie faire la route 155 jusqu’à La Tuque, puis le secteur du parc national des Grands-Jardins. Juste moi, ma moto et la route.
Je me souviens encore de cette sensation de liberté. Personne à suivre. Personne qui m’attendait. Aucun horaire à respecter. Seulement moi qui décidais quand m’arrêter, où manger et quelle route emprunter. Cette escapade m’a fait comprendre que rouler seule allait devenir ma façon préférée de voyager.
Rouler seule, ce n’est pas être solitaire. C’est avoir le luxe de suivre son propre rythme. M’arrêter parce qu’un paysage attire mon attention. Faire un détour de cent kilomètres parce qu’une route semble prometteuse. Changer complètement mes plans parce qu’un motocycliste rencontré à une station-service me recommande un endroit. C’est cette spontanéité que j’aime.


Je roule parfois en groupe, et j’apprécie aussi ces sorties. Mais mon bonheur, c’est surtout de partir seule ou à deux, sans horaire précis. J’aime les longues journées de moto, les routes secondaires, les villages où je ne me serais jamais arrêtée autrement et les endroits découverts complètement par hasard.
Charlevoix, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Mauricie, le Centre-du-Québec… Chaque été, la liste des destinations s’allonge, autant au Québec qu’aux États-Unis.
Ce que je recherche, ce n’est pas seulement la route. C’est ce sentiment unique qu’on ressent lorsqu’on ferme la visière, qu’on démarre le moteur et qu’on réalise que tout est possible. Qu’on peut partir sans vraiment savoir ce que la journée nous réserve.
L’hiver, je ne range pas mon casque très longtemps. J’ai eu un Ski-Doo Renegade 1200 pendant deux saisons. Je n’en possède plus aujourd’hui, mais j’en loue encore une ou deux fois par hiver, parce que je refuse de laisser tomber cette passion.

Les longues randonnées dans le nord du Québec restent parmi mes plus beaux souvenirs. Les monts Valin, les paysages enneigés, les sentiers impeccables, les soirées où le silence est tellement grand qu’on se sent minuscule devant la nature… Il y a quelque chose de magique là-dedans.


En fait, si aujourd’hui je raconte des histoires de moto et de motoneige, c’est parce qu’avant tout il y a eu ma première passion : l’eau et le bateau.
J’ai possédé un Bayliner de 21 pieds pendant plusieurs années et je suis rapidement tombée en amour avec le wakeboard. Cette passion m’a amenée à travailler plus de quinze ans dans le domaine du nautisme et même à lancer, en 2005, un portail Internet consacré au tourisme nautique. J’y racontais mes découvertes sur différents plans d’eau du Québec et j’aidais les gens à les naviguer. C’est ce qui m’a éventuellement menée à signer des chroniques dans lesquelles je proposais des destinations à découvrir en bateau.
Aujourd’hui, je n’ai plus de bateau, mais j’ai la chance d’habiter un endroit entouré de lacs navigables. Dès que j’en ai l’occasion, je retourne sur l’eau. Cette sensation est différente de celle de la moto. Quand on navigue, le temps ralentit. On coupe le moteur, on se laisse dériver et on réalise à quel point le bruit des vagues est apaisant.



Voyager est probablement l’autre grande passion de ma vie. Je privilégie toujours le mode backpack. Et maintenant, quand je peux me déplacer à moto, je le fais naturellement. Il y a quelques années, j’ai participé au rallye Roses des Sables dans le désert du Maroc.
Je me suis aventurée à Hawaï et j’ai sillonné plusieurs pays d’Europe. J’ai exploré une bonne partie de l’Amérique centrale et de l’Amérique du Sud. Cette année, je suis passée deux fois par le Mexique, j’ai exploré le Nicaragua pendant deux semaines et je reviens tout juste du Costa Rica.
Voyager à moto transforme complètement une destination. On voit la route différemment. On traverse des endroits où personne ne s’arrête. On fait le plein dans un petit commerce local. On découvre un pays à un rythme beaucoup plus humain. C’est probablement ce que j’aime le plus. Parce qu’à mes yeux, ça rend le voyage beaucoup plus vivant.
Sur ma « bucket list » voyage? Le Vietnam à moto, une destination qui m’appelle depuis longtemps. Puis, éventuellement, j’aimerais aussi découvrir le Portugal à moto.

Je ne prétends pas être la meilleure pilote ni une experte en mécanique. J’apprends tous les jours, et c’est probablement ce que j’aime le plus. Je crois sincèrement qu’on n’a pas besoin de tout savoir pour vivre pleinement sa passion. Il suffit d’avoir envie d’essayer.
J’ai accepté de me joindre à Chicks And Machines parce que je me reconnais profondément dans cette communauté. Au fil des années, j’ai souvent lu les histoires de femmes qui partageaient leurs aventures, leurs réussites, mais aussi leurs erreurs et leurs doutes.
Sans le savoir, elles m’ont donné envie d’oser davantage, de partir plus souvent et de prendre confiance dans un univers où les femmes ont encore parfois l’impression de devoir prouver qu’elles ont leur place.
Quand j’y repense, je réalise aussi que j’ai toujours aimé raconter mes aventures. Que ce soit sur l’eau, sur la neige, sur la route ou à l’autre bout du monde, j’ai toujours eu envie de partager ce qui me faisait vibrer et de donner aux autres le goût de partir.
Si, à travers mes histoires, je peux donner à une seule femme l’envie de s’acheter une moto, d’essayer la motoneige, de salir ses mains dans son garage, d’atteler un bateau derrière son camion pour partir à l’aventure ou simplement de croire un peu plus en ses capacités, alors j’aurai atteint mon objectif.
Parce qu’au fond, les moteurs ne sont qu’un magnifique prétexte. Ce qu’ils nous offrent vraiment, c’est la liberté.




