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Outaouais à moto : six jours sur la route des Chemins d’eau
Il y a des régions qu’on pense connaître. Et il y a l’Outaouais, qui trouve toujours le moyen de me surprendre encore.
J’y suis retournée cet été, du 15 au 20 juillet, pour suivre les Chemins d’eau : la toute première route touristique de l’Outaouais.
Deux cent soixante-treize kilomètres qui longent deux rivières, celle des Outaouais et celle de la Gatineau. Tu pars sur la 148, tu traverses la Petite Nation et Gatineau jusqu’au Pontiac, et à mi-chemin tu montes vers le nord en suivant la Gatineau pour découvrir les Collines. Le principe est simple : tu suis les panneaux bleus avec le canoteur dessus, et la rivière fait le reste.
J’étais excitée de partir. Cette région-là, je l’affectionne beaucoup, et chaque fois elle m’impressionne. Cette fois, j’y allais avec un angle neuf, une remorque Bunkcamp aménagée pour motos avec lit escamotable… et Julie, une collaboratrice de Chicks and Machines, parce qu’on avait aussi un tournage à faire. Une motocycliste aguerrie, mordue de moto.
Six jours de route avec une femme comme elle, c’est déjà la moitié du plaisir.
Montebello : le parfait point de départ
Notre périple a commencé à l’heure du dîner, au Bistro Montebello. Un menu de style familial qui marie les produits de la région à une cuisine de pub, avec une belle réputation pour la pizza cuite au four à bois. Accueillant, délicieux, parfait pour lancer un roadtrip.
Quelques pas plus loin, ChocoMotive. Et d’ailleurs, c’est ça qui est bien avec Montebello : tout se fait à pied. Boutiques, restos, choses à visiter… tu stationnes une fois et tu marches le reste.

ChocoMotive, ce n’est pas juste une chocolaterie. C’est un Économusée. On y a fait une dégustation de chocolats, accueillies par Jessica De Guille, directrice aux opérations. Des chocolats délicieux, faits dans un esprit créatif, dans la pureté et le respect du produit.
Tout est certifié biologique et équitable, et l’entreprise met de l’avant les produits du terroir et autochtones. Ils ont même un petit musée qui te raconte d’où vient le chocolat, du champ jusqu’au produit fini.

Deux minutes plus loin, le lieu historique national du Manoir-Papineau. Et là, gros coup de cœur du voyage.
La visite nous a étonnées bien au-delà de nos attentes. Un guide passionné et passionnant, un pan de notre histoire, le tout livré dans un cadre enchanteur : le domaine seigneurial de Louis-Joseph Papineau. On a vraiment eu l’impression de vivre, l’espace d’un moment, la réalité de Papineau.

Fin d’après-midi au Fairmont Le Château Montebello. Le plus grand château en bois rond au monde : 210 chambres, plus de 40 activités sur le site, une cuisine qui puise dans les produits de la région. Apéro, puis souper BBQ à volonté avec vue sur l’eau. Un moment magique pour les yeux et pour les papilles. On peut dire que cette première journée en Outaouais a été d’une magie sans nom.
Et pour dormir, changement complet de registre : la Marina de Montebello, en plein cœur du village, en mode vanlife dans la remorque Bunkcamp. Rénovée en 2021, la marina accueille 94 embarcations avec ses nouveaux quais flottants et son brise-vague.
Mais ce qui m’intéressait, moi, c’est qu’elle reçoit aussi jusqu’à 30 campeurs. Wi-Fi, eau, glace, toilettes, douches, vidange septique. Tout ce qu’il faut, à distance de marche des commerces.
Vin au château, dodo dans la remorque Bunkcamp. C’est exactement le genre de contraste que j’aime.


Chelsea : la forêt, le vélo et l’ambiance des Collines
Check-out tôt, et avant-midi de ride. C’est le bout que j’attendais.
Les routes de l’Outaouais sont magnifiques. Entre l’eau et les paysages bucoliques, c’est un endroit plus que parfait pour la moto. La température était parfaite, le beau soleil, la lumière sur nos visages, l’air de la campagne… rien d’autre à faire que rouler.
Direction Chelsea. C’est ici que la route quitte la rivière des Outaouais pour remonter le long de la Gatineau, et le paysage change avec elle : les collines se referment, la forêt prend le dessus.
On a adoré le concept du Olivia Bistro-Boutique, sur le chemin Old Chelsea. Un menu complet, rapide, mais avant tout santé : salades gourmandes, tacos souples, kombucha, smoothies, produits locaux. Le tout cuisiné et servi dans un espace original et vibrant. Une belle pause dîner dans une journée de ride.
L’après-midi, on troque la moto pour le vélo avec Nomades du Parc. Leur shop est situé à l’entrée du parc de la Gatineau, au cœur du village d’Old Chelsea, et ils donnent accès à 360 km² de forêt. Ils louent de l’équipement été comme hiver et offrent des expériences guidées.
Environ 12 kilomètres jusqu’au sommet du parc de la Gatineau – 25 km aller-retour. De larges sentiers en forêt, et une vue à couper le souffle une fois en haut.
Le vélo à assistance électrique, c’est magique. Tu pédales toujours, il faut le dire, tu travailles. Mais tu as une petite assistance quand tu montes. Résultat : tu fais 25 km sans jamais te battre contre la côte, et il te reste assez d’énergie en haut pour regarder le paysage au lieu de chercher ton air. Un moment zen en pleine nature.
Le soir, on est tombées en plein dans l’Après-Parc, la soirée hebdomadaire des Nomades tous les jeudis d’été. Vélo de route jusqu’au belvédère Champlain par la promenade Fortune, vélo de montagne pour une ride de 1 h 30, ou course en sentier de 5 ou 10 km. Ensuite, tout le monde se retrouve sur la terrasse jusqu’à 22 h. Bar, bouffe, DJ, du monde de plein air partout. Belle ambiance.


Et pour la nuit : les Lofts du Village. Gros wow. Un décor moderne, décoré avec goût, où tu te sens tout de suite comme à la maison. On serait restées plus d’une nuit sans hésiter. D’ailleurs, le village est tellement riche en activités que tu peux facilement y passer trois jours sans t’ennuyer.
Nordik Spa Village : mon coup de cœur détente
Sept heures trente du matin, spa vide, lumière parfaite. On avait une heure trente pour faire notre captation avant l’ouverture au public, et c’est Alexandre Brault, chef de marque, qui nous a accueillies.
Le Nordik Spa Village, c’est le plus grand spa en Amérique du Nord : 10 bassins extérieurs, 9 saunas, des aires de détente intérieures et extérieures, un restaurant, un lounge et un Biërgarden avec terrasses.
Mon coup de cœur : les bains d’eau salée. Une première pour moi. Se laisser flotter en apesanteur dans l’eau chaude, c’est une expérience relaxante à l’extrême. Il n’y en a que deux comme ça en Amérique.
Le Nordik est vraiment à faire. C’est un village de détente et de repos, et tout y est pensé pour que tu laisses le stress à la maison et que tu reviennes à la vie.

Les motos : nos complices de route
On avait la chance de rouler trois CFMOTO pour ce roadtrip, gracieuseté de CFMOTO Canada. La 675NK, la 450SS et la 450CL-C. On était gâtées, non seulement par les routes, mais par les machines.
La 675NK, c’est un trois-cylindres de 675 cc qui donne 95 chevaux pour seulement 189 kg. Vive, connectée, avec un son qui se raconte mal… ça s’entend. La 450SS reprend le bicylindre de 449 cc : 50 chevaux, environ 370 lb, joueuse et légère. Et la 450CL-C, c’est le même moteur en version cruiser, réglé pour le couple plutôt que pour le régime et une selle basse.
Trois personnalités complètement différentes pour la même route. C’est aussi ça qui rend un roadtrip intéressant.


Cap sur le Pontiac, le Far West de l’Outaouais
Après le Nordik, deux heures de route vers l’ouest. Et c’est là que le voyage bascule.
La rivière des Outaouais apparaît et disparaît à ta gauche, tantôt large comme un lac, tantôt cachée derrière une bande d’arbres. Les champs s’ouvrent. Les villages défilent avec leurs noms anglais, Quyon, Shawville, Campbell’s Bay, Bryson… parce qu’on entre dans le Pontiac, ce coin d’Outaouais que le monde d’ici appelle le Far West.
Les granges remplacent les condos, les distances entre les stations-service s’allongent, et plus tu roules vers l’ouest, plus la forêt se referme sur la route.
Fin de journée au Wildwood Nature Escape, sur la rivière Coulonge. C’est un terrain de camping, mais avec le confort de dômes et de cabines. Chaque unité est montée sur une plateforme de 30 × 30 pieds avec barbecue, foyer et stationnement, et les sites sont bien espacés pour l’intimité.
Le site est hors réseau. Off-grid, pour vrai. Ils fournissent les draps et les oreillers, mais tu apportes ta couverture ou ton sac de couchage. Pas de collecte de déchets non plus : ce que tu amènes, tu le repars avec. Les installations communes comprennent des douches, des toilettes à chasse d’eau, un sauna au bois et un bain froid. Et un escalier de 100 marches à travers la forêt qui descend jusqu’à la rivière.
Notre souper nous a été livré sur place : des boîtes-repas du Vignoble le Petit Chariot Rouge.
Un moment de déconnexion parfait, en synergie avec la nature.

Rafting Momentum : l’adrénaline dans un cadre sécuritaire
Le lendemain, direction Rafting Momentum, à Bryson, sur la rivière des Outaouais.
Une équipe jeune, dynamique, qui en mange du rafting. On a eu droit à l’expérience VIP et à se joindre à un staff day : on a descendu la rivière juste avec les guides. C’était parfait.
De beaux rapides, de l’adrénaline, et quelques chutes à l’eau. Mais ce qui m’a marquée, c’est à quel point ils sont sécuritaires. Ils font attention à nous, ils expliquent tout comme il faut avant de partir, et tu sens que rien n’est laissé au hasard. De l’adrénaline à l’état pur, dans un cadre sécuritaire.
Les vagues de la rivière des Outaouais sont de calibre mondial, et chaque rapide est abordé à son maximum.
La formule est tout inclus, avec des niveaux d’intensité personnalisables du familial à l’extrême, du saut de falaise et du surf de rivière. Ce n’est pas juste du rafting, c’est une aventure d’une journée complète. Philippe Ouellette, le directeur général, mène ça avec une gang qui sait exactement ce qu’elle fait.
Julie et moi, on a eu une journée de plaisir pur.
On a dormi sur place, à l’Appartement du Pavillon, sur la base de Momentum : 90 acres pratiquement vierges, deux étages, grand balcon, poêle à bois et immenses fenêtres.
Et c’est là que la fête se passe après la descente, avec le BBQ au campement, la musique et le feu de camp. Tu remontes de la rivière, tu te sèches, et la soirée continue avec le monde avec qui tu viens de passer la journée.

Le Pont Rouge : 150 mètres d’histoire
Ensuite, cap sur la Plage du Pont blanc, à Mansfield-et-Pontefract. Un lieu public relancé par la communauté avec du respect pour ses racines : un parc, une plage, un kiosque de location de planches à pagaie, de canots, de kayaks et de vélos.
Et à quelques minutes de là, il y a l’autre pont. Le rouge.
Le pont Félix-Gabriel-Marchand, que le monde d’ici appelle simplement le Pont Rouge, enjambe la rivière Coulonge depuis 1898. Il a été construit entièrement en pin par Augustus Brown, de Beachburg en Ontario, et faisait à l’origine le lien entre les camps de bûcherons et le village de Fort-Coulonge. Avec ses quelque 150 mètres, c’est le plus long pont couvert du Québec, et il est classé monument historique.
Ce qui me touche le plus dans son histoire, c’est qu’il a failli disparaître plus d’une fois. Menacé de démolition dans les années 1950 et 1960, déplacé de plusieurs mètres par une embâcle de billots en 1979… et chaque fois, c’est la population du coin qui l’a sauvé. La mobilisation de 1963 est même considérée comme la toute première manifestation citoyenne pour la sauvegarde des ponts couverts au Québec.
Le jour, tu l’admires. Le soir, il s’illumine, et depuis sa dernière restauration, tu peux même changer la couleur de son éclairage à partir d’une application mobile.
Et on l’a traversé. En moto, sur les planches, dans la pénombre du tunnel de bois, avec la lumière qui revient d’un coup à l’autre bout. C’est à sens unique et carrossable sur un peu plus de quatre mètres, alors tu ralentis et tu prends ton temps.


Pour terminer la journée, on a fait du lancer de la hache avec Aventure Héliante, encadrées et coachées, au bord de l’eau. Personne n’a gagné, on a juste lancé pour le plaisir. Et souper au J&A Bowers, un resto-bar familial à deux pas de la plage, réputé pour sa poutine deux sauces.
Les Chutes Coulonge : la finale
Dernière journée, déjà.
Le Parc Aventure des Chutes Coulonge t’accueille dans une forêt de pin blanc plusieurs fois centenaire. Le forfait complet comprend trois aventures : un parcours à obstacles, des tyroliennes géantes au-dessus du canyon et la via ferrata.
La via ferrata, ça veut dire « chemin en fer » en latin. C’est 600 mètres le long de la paroi rocheuse qui longe la tumultueuse rivière Coulonge, quelque part entre l’escalade et la randonnée. C’est accessible autant aux débutants qu’aux experts, et si le parcours devient trop difficile, plusieurs sorties sont prévues le long du trajet.
Mais même si tu n’as aucune envie de vivre l’extrême, viens quand même. La beauté du site vaut le détour à elle seule. Tu peux simplement marcher, regarder les chutes, te promener dans la forêt de pins… c’est magnifique.


Est-ce que l’Outaouais vaut le détour à moto ?
On me pose souvent la question quand je reviens d’une région. La réponse ici est simple : oui, et c’est même un des terrains de jeu les plus faciles à organiser au Québec.
Les distances sont courtes, jamais plus de deux heures entre deux étapes. La 148 longe l’eau presque tout du long. Et il y a assez de variété pour que personne dans un groupe ne s’ennuie : celle qui veut du spa, celle qui veut des rapides et celle qui veut juste rouler y trouvent toutes leur compte. Tu peux aussi faire différents chemins pour allonger tes journées, c’est ça la beauté de l’Outaouais.
Un dernier conseil : les Chemins d’eau te laissent bâtir ton propre trajet selon tes intérêts et le temps que tu as. Il y a sept bornes d’information touristique le long de la route, dont une à Wakefield, une à Mansfield-et-Pontefract et une à Montebello, ainsi que cinq escales fluviales avec des panneaux d’interprétation, à Quyon, Thurso, Portage-du-Fort et ailleurs. La carte complète est en ligne sur tourismeoutaouais.com/cheminsdeau.

Les hébergements qui ont marqué le voyage
- Marina de Montebello – Montebello (camping et vanlife)
- Fairmont Le Château Montebello – Montebello
- Lofts du Village – Chelsea
- Wildwood Nature Escape – rivière Coulonge (dômes hors réseau)
- Appartement du Pavillon, Rafting Momentum – Bryson
- Auberge Spruceholme – Fort-Coulonge
- Plage du Pont blanc – Mansfield-et-Pontefract (vanlife)
Merci à l’Outaouais
Ce séjour m’a rappelé une chose : l’Outaouais, ce n’est pas une seule région, mais plusieurs. Et chaque territoire te fait vivre sa propre aventure, comme la Petite Nation qui te reçoit avec son chocolat, son manoir et son château, les Collines qui te réveillent avec leur forêt, leur vélo et leur ambiance de village ou le Pontiac qui te ramène à l’essentiel, sans réseau, avec un feu et une rivière qui décide du rythme de ta journée à ta place.
Le plus beau, c’est que le contraste ne dérange pas du tout.
Merci à Annie Léveillée de Tourisme Outaouais, qui nous a accompagnées sur la route avec une générosité et une fierté de sa région qui donnent le ton à tout le séjour. Merci à CFMOTO Canada pour les motos. Merci aux MRC des Collines-de-l’Outaouais, de la Petite Nation et du Pontiac, et à tous les partenaires qui nous ont ouvert leurs portes.
Et merci à Julie. Faire la route avec une autre motocycliste, ça change tout. Personne n’a besoin d’expliquer pourquoi on s’arrête, pourquoi on repart, pourquoi on rit dans les casques. On a la même carte dans la tête.
L’Outaouais se découvre avec les yeux grands ouverts. Et à moto, elle se révèle de la plus belle des façons.




