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Une fille. Une machine. Un métier.
Ça fait un moment que Cyndi m’a demandé d’écrire un article sur mon travail. Depuis, l’idée me trotte dans la tête et j’ai accumulé des bouts de phrases dans mes notes de cellulaire sans jamais vraiment savoir par où commencer. Aujourd’hui, après presque six ans dans le métier, je pense que c’est le bon moment.
Pas juste pour vous expliquer ce que je fais, mais pour vous raconter comment une fille gênée, qui avait peur de déranger et qui n’osait pas toujours prendre sa place, s’est retrouvée à conduire de la machinerie forestière, à travailler de longues journées dans le bois et à devoir apprendre à faire sa place dans un monde majoritairement masculin.
Et surtout, pour vous raconter les hauts, les bas et tout ce qu’on ne voit pas nécessairement derrière une fille assise dans une grosse machine.
Bienvenue dans mon quotidien en forêt
Pour comprendre mon quotidien, il faut d’abord comprendre un peu comment fonctionne l’industrie forestière au Québec, plus précisément au Lac-Saint-Jean. La récolte forestière, c’est une grosse chaîne où plusieurs métiers et plusieurs machines travaillent ensemble. Moi, je fais partie de l’équipe de récolte.
J’opère principalement deux types de machines. La première, c’est une bûcheuse de bois court équipée d’une tête multifonctionnelle. Comme son nom l’indique, elle coupe les arbres, les ébranche et les dépose en petits tas qu’on appelle des bunchs. Ces tas sont faits selon la longueur demandée et l’essence de l’arbre.
Ensuite, mon transporteur entre en scène. C’est cette grosse machine avec une cabine et un panier à l’arrière qui parcourt les chemins créés par la bûcheuse. Je ramasse les bunchs, je les embarque dans le panier et je les transporte jusqu’au bord du chemin pour former de grosses piles.
Après ça, les camions viennent chercher le bois pour l’apporter au moulin.
Ça peut sembler assez simple expliqué comme ça. En réalité, chaque étape demande de la précision, de l’expérience, des connaissances et surtout une bonne coordination entre les travailleurs. Chaque machine dépend de la précédente et chaque personne joue un rôle dans cette chaîne.

Une semaine dans le bois
Dans mon secteur, l’horaire est généralement du 4-3, du lundi au jeudi. Mais travailler en forêt, ça veut dire partir de chez soi pour aller vivre au camp forestier pendant la semaine.
Des roulottes, une cuisine, des chambres, des salles de bain et une gang de travailleurs qui deviennent un peu ta deuxième famille pendant tes journées de travail.
Les machines peuvent fonctionner 24 heures sur 24. On alterne donc généralement entre les semaines de jour et les semaines de nuit, avec des journées d’environ 12 heures.
Et il faut ajouter les déplacements : environ une heure de route le matin et une autre le soir pour se rendre au camp. On manque des soupers, des soirées, des activités, des anniversaires et parfois des moments importants.
C’est un mode de vie particulier. Et pour le vivre, il faut être passionné. Parce que ce n’est pas seulement un emploi : c’est un mode de vie.
Et moi, dans tout ça?
Bon. Maintenant, revenons à mon parcours et à l’endroit où tout a commencé.
Quand je vous dis que je suis une forestière, une fille dans un métier traditionnellement considéré comme un « métier d’homme », vous vous imaginez peut-être une fille confiante qui prend sa place, qui n’a pas peur de s’imposer, qui a de la répartie et qui n’a aucun problème à dire ce qu’elle pense.
Mais la vérité, c’est que j’étais, et je suis encore parfois, tout le contraire.
J’étais une jeune fille gênée, qui avait peur de déranger, qui n’osait pas toujours s’affirmer et qui avait énormément de difficulté à dire ce qu’elle voulait vraiment dans la vie.
Et c’est probablement ça qui rend mon parcours encore plus particulier. Parce qu’au départ, je n’étais pas la fille qui rêvait de casser les barrières ou de prouver quelque chose à qui que ce soit. J’étais simplement une fille qui aimait les machines et qui ne savait pas encore si elle avait assez confiance en elle pour aller chercher ce qu’elle voulait.
J’ai grandi autour des machines. Je n’ai jamais vraiment eu un coup de foudre soudain pour la forêt. Elle a toujours fait partie de ma vie.
Mon père étant lui-même un forestier passionné, j’ai grandi autour de la machinerie forestière. Mes parents ont rapidement remarqué mon intérêt pour ce monde et m’ont encouragée à aller l’explorer.


À 16 ans, en secondaire 4 et 5, ils m’ont poussée à essayer le métier de technicienne forestière comme emploi étudiant pendant mes étés. Je passais mes longues journées à marcher en forêt, à faire des parcelles pour le contrôle de qualité et, surtout, à découvrir la vraie vie de chantier.
J’aimais ça. J’aimais la forêt, l’ambiance de chantier et tout ce qui venait avec.
Mais je réalisais aussi que ce n’était pas exactement ce que je voulais faire comme carrière. Arrivée en secondaire 5, je me suis donc retrouvée devant un mur : je devais choisir ce que j’allais faire après l’école.
J’avais aimé mon expérience comme technicienne forestière, mais pas assez pour aller au cégep dans ce domaine.
C’est là que j’ai dû m’avouer quelque chose que je savais probablement depuis longtemps : j’étais une fille de machines.

Ce que je voulais vraiment, c’était être derrière les commandes d’une grosse machine.
Alors j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai dit à la conseillère d’orientation que je voulais faire mon DEP en abattage et façonnage des bois.
Je pense que c’est probablement l’une des premières fois où j’ai vraiment osé dire clairement ce que je voulais.
Et ce choix-là allait changer complètement mon parcours.
Le début de mon parcours forestier
Janvier 2021. Premier jour de mon DEP.
Encore aujourd’hui, je ne sais pas exactement où j’ai trouvé le courage d’entrer dans cette classe. J’étais nerveuse, je doutais de moi et je savais que je m’embarquais dans un domaine où les filles étaient loin d’être majoritaires.
Heureusement, certains visages m’étaient déjà familiers, ce qui a rendu les débuts un peu moins intimidants.
Six mois plus tard, j’entrais dans la vraie vie de forestière. J’avais 18 ans. Et malgré tous les défis, j’étais heureuse. Je me sentais à ma place.
Pendant ma première année, j’étais la nouvelle. Celle qui apprend. Celle à qui on explique les choses.
Puis, tranquillement, j’ai appris. Je suis devenue meilleure. Et je pense que c’est là que j’ai compris une première chose importante : être une fille dans un métier d’hommes, ce n’est pas seulement apprendre à faire la job. C’est aussi apprendre à gérer le regard des autres.
Parce qu’après un certain temps, je n’étais plus « la petite nouvelle ». J’étais devenue bonne. Et ça ne plaisait pas nécessairement à tout le monde.
Certains gars sont devenus plus sévères avec moi. Les attentes étaient élevées. Je devais constamment prouver que j’étais là pour les bonnes raisons et que j’étais capable de faire la job.
Puis est arrivée ma troisième année.
Au début, j’avais commencé à faire des TikTok sur mon travail. Et contre toute attente, ça fonctionnait vraiment bien. Les vues montaient rapidement et je recevais des messages de filles qui me demandaient comment j’avais fait, quel DEP elles devaient faire ou simplement si je pensais qu’elles seraient capables.
Certaines me disaient qu’elles aussi voulaient faire ça.
Je ne m’attendais pas à ça. Je pensais simplement montrer mon quotidien. Finalement, je découvrais que le fait de montrer une fille dans une grosse machine pouvait donner le courage à d’autres filles d’essayer.

Mais ma quatrième année est arrivée avec de nouveaux collègues, de nouveaux défis, des conditions plus difficiles et une fatigue qui commençait à s’accumuler.
Une vie de travail déjà exigeante, combinée à tout le reste.
Et tranquillement, quelque chose a changé.
Pour la première fois de ma vie, je n’avais plus envie de me lever le matin. Je commençais à détester ma job.
Et ça, c’est beaucoup plus difficile à vivre quand ta job n’est pas juste une job. Quand elle est ton mode de vie. Quand c’est une passion. Quand c’est une des choses les plus importantes de ta vie.
J’ai presque tout abandonné.
Pendant près de deux ans, j’ai vécu de vraies montagnes russes. J’ai arrêté de faire des TikTok. J’ai arrêté de m’exposer avec ma machine. J’étais épuisée de gérer les commentaires, les regards et les remarques, autant sur le chantier que sur Internet.
Et surtout, j’avais peur de décevoir.
Décevoir mes parents qui avaient cru en moi. Décevoir les gens de mon entourage. Mais aussi décevoir toutes ces petites filles qui m’écrivaient parce qu’elles voulaient faire comme moi.
À un moment, j’ai sérieusement pensé à changer de carrière.
Mais chaque fois que je me demandais :
« Qu’est-ce que tu aimerais faire à la place? »
Rien ne me venait.
Tout ce que je voulais, c’était encore opérer des machines.
C’est probablement ça qui était le plus difficile. Parce que quand le métier dont tu rêves commence à te rendre malheureuse, tu te retrouves avec un méchant problème.
Je ne voulais pas abandonner. Pas après tout ce que j’avais traversé. Pas après tous les efforts que j’avais mis.
Alors j’ai continué.

Être une fille dans un métier d’hommes
Des défis, il y en a eu. Et il y en a encore.
Il y a les regards quand tu débarques de ta machine et que quelqu’un réalise que c’est une fille qui était au volant.
Il y a les repas dans une salle à manger où tu es entourée presque exclusivement d’hommes.
Il y a la vie de camp, les salles de bain mixtes et parfois des installations qui ne sont clairement pas pensées pour tout le monde.
Il y a les commentaires. Certains sont franchement déplacés, d’autres sont simplement maladroits ou probablement faits sans mauvaise intention.
Il y a aussi ceux qui te disent que c’est juste une passe et que tu vas finir par lâcher.
Alors tu te mets toi-même la barre haute.
Tu veux être bonne. Pas « bonne pour une fille ». Juste bonne. Comme n’importe quel autre employé.
Il y a aussi la force physique.
Oui, parfois, en mécanique ou dans certaines tâches, on manque de force. Mais là encore, on apprend à travailler intelligemment, à trouver des façons de faire et à être autonome. Comme n’importe quel travailleur.
Et il y a des choses beaucoup plus banales auxquelles on ne pense pas nécessairement : trouver de l’équipement de travail adapté quand tu portes du X-Small et que tu chausses du 6, par exemple.
Ça semble banal. Mais quand tu dois constamment adapter ton équipement à ta réalité, ça devient une autre petite bataille.
Additionnées ensemble, toutes ces petites choses finissent par peser.
Aujourd’hui, je me lève avant le soleil.
Et pourtant, me voilà. Presque six ans plus tard.
Aujourd’hui, je peux enfin dire que je suis à nouveau passionnée de me lever avant le soleil pour aller travailler.
Est-ce qu’il y a encore des défis? Certainement. Est-ce qu’il y en aura encore? Absolument.
Mais aujourd’hui, je suis assez confiante pour dire quelque chose que je n’aurais peut-être jamais osé dire à 16 ans :
J’ai ma place ici.
Je suis capable de faire ce métier comme n’importe qui.
Et surtout, je l’aime.
J’ai appris qu’avoir sa place dans un métier non traditionnel, ce n’est pas nécessairement arriver quelque part et que tout devienne facile.
C’est parfois devoir se battre contre les autres. Mais souvent, c’est surtout devoir se battre contre soi-même.
Apprendre à faire confiance à ses capacités. Arrêter de chercher constamment l’approbation. Comprendre qu’on n’a pas besoin d’être parfaite pour mériter sa place.
Et continuer même quand c’est difficile.

À toi qui hésites
Si tu es une fille qui lis ça et qui rêves de te lancer dans un métier non traditionnel, je vais te dire une seule chose :
Fonce.
Oui, tu vas probablement rencontrer des défis. Oui, il y aura des journées où tu vas te demander ce que tu fais là. Oui, tu vas devoir apprendre à prendre ta place.
Mais aujourd’hui, avec le recul, je peux te dire que tout ce que ce parcours m’a apporté dépasse largement tout ce qu’il m’a coûté.
Et surtout, plus de filles devraient oser.
Pas parce qu’il faut prouver quelque chose aux hommes.
Pas parce qu’il faut remplir une statistique.
Simplement parce qu’on devrait pouvoir choisir un métier parce qu’on l’aime.
Point.
Encore aujourd’hui, quand je me réveille avant le soleil pour aller travailler, il m’arrive de penser à la petite Josi de 8 ans. Et même à celle de 14 ans qui regardait les grosses machines en se demandant si elle pourrait un jour être à leur volant.
Je pense qu’elles seraient pas mal fières de me voir aujourd’hui.
Alors je continue de prendre ma place.
Dans le bois. Dans ma machine. Et même sur les réseaux, chaque fois que j’en ai l’énergie.
Pas pour montrer que les femmes sont meilleures. Pas pour dire que les hommes ont tort.
Mais pour montrer une chose toute simple :
Il n’y a pas de métier qui vient avec un sexe.
Il y a des métiers qu’on aime, des défis qu’on choisit d’affronter et des places qu’on finit par se faire.
Et moi, ma place, je l’ai trouvée dans le bois, du haut de ma cabine.





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Très bien dit ses vraiment bien expliqué tu as bien perforer tu as travaillé fort.pour.ce travail et tu as bien réussi sûrement que d’autre fille vont vouloir faire ce beaux métier ses dur la famille seu6fin semaine mais quand ses ce qu’il veulent sa va la peine vous savez qu’il auront toujours besoin homme et fille dans bois son grand père a josiane c’était un forestier avec machinerie bravo.Josiane tu l’as mérité