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Vanlife au féminin : des pionnières aux voyageuses d’aujourd’hui
Quand on parle aujourd’hui de vanlife féminine, on pense tout de suite à quelque chose de récent. À des vans aménagés avec soin, à des récits partagés en ligne, à une liberté choisie et racontée. Pourtant, cette pratique s’ancre dans une histoire plus ancienne qu’on ne l’imagine.
Elle commence à une époque quand partir seule pour une femme était un acte audacieux, transgressif.
Au début du XXᵉ siècle, certaines femmes regardent l’automobile autrement. Pas comme un simple moyen d’aller d’un point A à un point B, mais comme une possibilité nouvelle : celle de ne pas rentrer tout de suite… De dormir ailleurs. De décider par elles-mêmes quand s’arrêter, quand repartir. Elles n’appellent pas cela un mode de vie. Elles n’écrivent pas de manifeste. Elles partent.
Les camping women
Des femmes voyageaient seules ou entre femmes, principalement en Amérique du Nord, entre les années 1910 et 1920. On les nomme aujourd’hui les camping women, mais ce mot n’existait pas encore pour elles. Il a été inventé plus tard pour tenter de décrire ce qu’elles faisaient. Elles roulaient lentement, s’arrêtaient quand la lumière baissait, s’installaient dans leur voiture ou près pour y dormir, cuisinaient dehors, vivaient avec peu.

Il n’y avait pas de terrains de camping aménagés, pas d’infrastructures pensées pour elles. Rien n’était vraiment planifié. La voiture devenait un refuge provisoire, un espace intime, parfois même une forme de protection. Ce n’était pas une aventure spectaculaire. C’était une manière de vivre quelques jours, parfois quelques semaines, autrement.
Ce qui rend leur geste si fort, c’est qu’il était simple. Et cela sortait clairement des cadres établis à l’époque.
Margaret Grundy
Parmi ces femmes, un nom nous est parvenu : Margaret Grundy. On aimerait en savoir davantage; peu d’informations sont disponibles sur le Web. On ne sait pas trop où elle est née, combien de temps elle est partie, ce qu’elle a ressenti. Presque rien n’a été conservé.
Son nom apparaît dans les études sur le camping automobile précoce comme une trace légère, presque effacée. Et pourtant, cette absence raconte beaucoup. Margaret Grundy n’a pas laissé de récit parce qu’elle n’en avait peut-être pas besoin. Elle n’était pas en train de construire une image. Elle vivait simplement la route.
Elle incarne cette liberté discrète, vécue sans justification, sans volonté de transmission. Une liberté qui ne cherchait pas à être vue.
D’autres femmes, d’autres traces
À la même époque, certaines trajectoires sont un peu mieux documentées. En 1909, Alice Huyler Ramsey traverse les États-Unis en automobile. Elle affronte les routes difficiles, improvise ses haltes, apprend à réparer. Son voyage est raconté, photographié, conservé. Il nous permet de mieux comprendre ce que signifiait, concrètement, être une femme seule sur la route à ce moment-là.

Quelques années plus tard, Effie Hotchkiss traverse elle aussi le pays, à moto, avec sa mère. Elles dorment où elles peuvent, s’arrêtent quand la fatigue l’impose, et réparent ce qui peut l’être. Le voyage dure plusieurs mois. Là encore, on trouve la même intuition : le mouvement comme espace de liberté, le voyage comme expérience vécue plutôt que comme un exploit à prouver.
Toutes ces femmes ne se connaissaient pas. Elles ne formaient pas un groupe. Mais elles partageaient un même rapport au monde : celui de ne pas attendre qu’on leur dise que c’était possible. Une liberté pratiquée plus que proclamée.

Quand celles qui partent commencent à écrire
Dans les années 1950, quelque chose change. La route ne se vit plus seulement, elle se raconte. Barbara Toy traverse le Moyen-Orient et l’Afrique à bord de sa Land Rover et publie ses récits. Elle devient visible. Lisible. Reconnaissable.
Barbara Toy n’est pas la première femme à vivre sur la route. Mais elle est l’une des premières à en laisser une trace durable, accessible. Grâce à elle, l’itinérance féminine entre dans le récit collectif. Là où Margaret Grundy incarnait une liberté vécue sans archives, Barbara Toy donne des mots à cette même impulsion.

Vanlife féminine: la suite…
La suite n’est pas une rupture, mais une alternance. Des périodes de visibilité, puis des silences. La contre-culture des années 1970 redonne une place à la vie en véhicule, tandis que les récits de femmes restent discrets.
Puis arrivent les années 2010. Enfin, les femmes racontent massivement leur vie sur la route, avec leurs propres mots. Elles parlent du quotidien, des peurs, de la lenteur, du rapport au paysage. Ce qui change n’est pas le geste. C’est la voix.

Une continuité plus qu’une mode
En reliant ces histoires — celles des camping women, de Margaret Grundy, d’Alice Ramsey, de Barbara Toy, et celles des voyageuses d’aujourd’hui — quelque chose se dessine. Une même manière de partir, parfois discrète, parfois plus visible. Les véhicules ont changé. Les récits se sont multipliés. L’élan, lui, est resté.
Si tant de femmes de la route sont restées anonymes, ce n’est pas parce qu’elles n’avaient rien à dire. C’est parce qu’elles vivaient leur liberté sans chercher à la faire entrer dans l’histoire.
Aujourd’hui, la vanlife féminine ne fait pas que se montrer. Elle réveille une mémoire. Elle remet des voix sur des gestes anciens. Et elle nous rappelle que, bien avant que cela ait un nom, des femmes avaient déjà compris que la route pouvait être un lieu, et le mouvement, une façon d’habiter le monde.




