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Les femmes qui rident, c’est pas extraordinaire
Moto, VTT, side-by-side, motoneige, motomarine, karting, course automobile — peu importe la machine, on se fait encore dire qu’on est « courageuses ». On n’est pas courageuses. On est juste là.
Il y a quelque chose de profondément bizarre à se faire féliciter pour avoir tourné une clé de contact. Peu importe que ce soit au guidon d’une moto, derrière le volant d’un VTT ou sur le siège d’une motoneige en plein sentier — la réaction est toujours la même : « Wow, toi tu fais ça ? » Comme si le simple fait d’être une femme rendait la chose exceptionnelle.
Je ne suis pas exceptionnelle. Je suis motocycliste. Je suis pilote. Je suis une fille qui aime les moteurs. C’est tout.
Mais voilà où on en est encore en 2026 : une femme qui envoie un VTT dans la boue, qui pousse une motoneige en hors-piste, qui négocie un virage serré en karting, qui part en roadtrip moto solo ou qui monte sur un Sea-Doo autrement qu’en passagère — c’est encore un sujet. Ça fait lever les sourcils. Ça génère des commentaires. Et quand les médias en parlent, c’est encore trop souvent avec un ton émerveillé, comme si on venait de découvrir une nouvelle espèce.
On en est encore là. À être un phénomène plutôt qu’une normalité.


LES CHIFFRES QUI DÉRANGENT
- 10 % — Part des femmes dans les sports motorisés, tous niveaux confondus (More Than Equal)
- 1,5 % — Pilotes professionnelles détentrices d’une licence de course dans le monde (FIA, 2023)
- 1 à 5 ans — Durée moyenne d’une carrière féminine en sport motorisé, contre 12 ans et plus pour les hommes
- 13 % → 7 % — La participation féminine passe de 13 % en karting à 7 % en formule et GT — on perd les femmes en montant de niveau
Ces chiffres ne mentent pas. L’écart n’est pas un manque de talent ou d’intérêt. C’est un manque de place. Un manque de financement. Un manque de visibilité. Et surtout, un environnement qui, sans le vouloir, nous dit chaque jour que ce n’est pas tout à fait notre monde.

LE QUOTIDIEN QU’ON VIT TOUTES
Dans les concessions, on parle à mon chum avant de me parler à moi. À la station-service, on me demande si c’est ma moto ou celle de mon conjoint. Dans un souper de famille, on me dit « fais attention » comme si les gars à la table ne roulaient pas sur les mêmes routes que moi. Au magasin d’équipement, on m’offre du rose avant de me demander ce que je cherche. Et sur les réseaux sociaux, une photo de moi sur ma machine génère plus de commentaires sur mon apparence que sur ma ride.
Quand j’arrive en groupe sur une ride, on assume que je suis la blonde de quelqu’un. Quand je parle mécanique, on vérifie avec un gars si ce que je dis est vrai. Quand je veux essayer une motoneige plus puissante, on me suggère « peut-être commencer par quelque chose de plus léger ». Et quand je publie une vidéo de VTT, le premier commentaire est rarement sur ma technique…
- Ce n’est pas qu’on veut une place à la table. On est déjà à la table. On veut juste qu’on arrête d’avoir l’air surpris de nous voir là.

Ce ne sont pas des insultes. Ce sont des réflexes. Des automatismes construits sur des décennies de marketing qui a mis des gars sur toutes les affiches et des filles en bikini à côté des machines. Et les réflexes, ça fait parfois autant de tort que l’intention.
MAIS LES CHOSES BOUGENT
Ce serait malhonnête de dire que rien n’avance. En 2025, près de 80 femmes ont couru dans des championnats de Formule 4 à travers le monde — un chiffre record. Le championnat mondial féminin de course sur circuit (WorldWCR), créé en 2024, en est déjà à sa troisième saison en 2026 avec un plateau qui s’élargit chaque année.
Au Grand Prix Ski-Doo de Valcourt, l’organisation a ajouté de nouvelles classes féminines en snowcross. Des initiatives comme Girls on Track, F1 Academy et Women in Motorsports North America ouvrent des portes qui étaient fermées il y a dix ans.
Ici au Québec, on a la chance d’avoir une culture de sports motorisés plus forte qu’ailleurs au pays — 64 % des Québécois y sont favorables, contre à peine 50 % dans le reste du Canada. On a des réseaux de sentiers de motoneige et de quad parmi les plus vastes au monde. On a des événements, des fédérations, des communautés.
Le terreau est là. Il manque juste que les femmes y soient pleinement incluses, pas comme une catégorie à part, mais comme une évidence.

La réalité, c’est qu’on est là depuis longtemps. On roule, on pilote, on tombe, on se relève, on repart. Que ce soit sur l’asphalte, dans la trail, sur l’eau ou sur la neige — on est là. On achète nos propres machines, on fait nos propres choix mécaniques, on planifie nos propres itinéraires.
Des femmes gagnent des championnats de motocross. Des femmes traversent des continents à moto. Des femmes dominent en endurance automobile. Des femmes mènent des expéditions en motoneige dans des conditions où la moitié du monde resterait chez eux.
Et ce n’est pas juste dans les sports motorisés.
Ce sont les mécaniciennes qui diagnostiquent une panne aussi vite que n’importe qui dans l’atelier — et à qui on explique quand même comment fonctionne un moteur. Ce sont les camionneuses qui avalent des milliers de kilomètres seules sur les routes du pays. Ce sont les opératrices de machinerie lourde qui déplacent des tonnes de terre chaque jour sur des chantiers où leur présence étonne encore. Le moteur, le volant, la machine — peu importe l’industrie, le réflexe est le même : l’étonnement avant le respect.
- On est partout. Et partout, on attend encore la normalité.
Et pourtant, à chaque fois qu’une d’entre nous accomplit quelque chose — dans n’importe quel sport motorisé — on le présente comme une anomalie attendrissante. Une exception qui confirme la règle.
Je refuse cette narrative-là.

CE QUI DOIT CHANGER
À l’industrie : arrêtez de nous proposer des machines « pour femmes » et proposez-nous des machines. Point. Formez vos vendeurs à parler à la personne qui est devant eux, pas à celle qui l’accompagne. Développez des équipements de qualité dans des tailles qui nous vont — pas des versions roses de ce qui existe déjà.
Aux médias : cessez de traiter une femme qui performe en sport motorisé comme une histoire insolite. Traitez-la comme une athlète. Arrêtez de nous présenter systématiquement en contraste avec les hommes. On ne devrait plus avoir besoin de la mention « première femme à… » en 2026. On devrait juste être la personne qui l’a fait.
À la communauté : quand une fille débarque dans votre ride, votre club, votre sentier pour la première fois — accueillez-la comme vous accueilleriez n’importe qui. Pas avec un compliment condescendant, pas avec de la surprise, pas avec une question sur qui l’a amenée là. Juste avec un signe de tête et un « bienvenue ».
Et aux femmes qui hésitent encore : montez. Tournez la clé. Pesez sur le gaz. Il n’y a pas de bonne façon de commencer. Il n’y a pas de machine trop grosse, de trail trop tough ou de groupe trop avancé si c’est ce que vous voulez. Ne demandez pas la permission. Le seul prérequis, c’est l’envie.
- Ce n’est pas extraordinaire, une femme qui ride. C’est ordinaire. Et c’est exactement là où on veut en être.
Alors oui, continuons de parler des femmes dans les sports motorisés. Continuons de les montrer, de les nommer, de célébrer ce qu’elles accomplissent. Mais changeons la façon de le faire.
Pas comme si c’était une surprise. Pas comme si c’était une faveur. Comme une réalité. Parce que le jour où on parlera d’une femme qui ride de la même façon qu’on parle d’un gars qui ride — sans filtre, sans nuance de genre, sans excès d’émerveillement — ce jour-là, on n’aura plus besoin de textes comme celui-ci.
En attendant, on continue. On roule. Et on ne demande rien d’autre que la normalité.






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Ça fait près de 40 ans que je fais de la moto de route et hors route et de la motoneige.
Peu de femmes conduisaient leur machine à cette époque. J’étais pas mal la seule dans mon coin. Aujourd’hui, je suis bien contente de voir que plusieurs jeunes et moins jeunes femmes se passionnent pour les sports motorisés. Let’s go girls !